Nous ne sommes plus (seulement) des producteurs de contenus. Nous sommes devenus des producteurs de data.

Le réflexe reste tenace : dans l’audio, nous pensons notre métier à travers les prismes de la narration, de la voix, du format, de la programmation. Bref, du contenu. Cette obsession créative, bien que légitime, masque une autre réalité, plus stratégique : dans l’écosystème numérique, nous sommes d’abord des producteurs de données.

Et pas d’une seule sorte de données.

Deux familles de data à ne pas confondre

Les données comportementales

Ce sont celles que nous récoltons : chaque écoute, chaque pause, chaque abandon de lecture, chaque partage, chaque ajout en favori génère une trace numérique. Agrégée, enrichie et analysée, cette donnée permet de :

  • comprendre les usages réels (vs. ceux que l’on imagine),

  • affiner les grilles et les formats,

  • personnaliser l’expérience utilisateur,

  • justifier les investissements éditoriaux,

  • alimenter des modèles économiques basés sur l’attention, pas seulement la diffusion.

Les données éditoriales

Ce sont celles que nous devons produire, volontairement et systématiquement, en amont de la diffusion et/ou de la distribution. Car la découvrabilité de nos contenus, sur les moteurs de recherche (SEO), les plateformes de streaming audio (PSO), les moteurs génératifs (GEO),  dépend de notre capacité à enrichir chaque publication avec des métadonnées structurées et exploitables :

  • un titre clair et accrocheur,

  • un chapô bien rédigé qui donne le ton,

  • un résumé synthétique et structuré,

  • les noms complets des invités ou intervenants,

  • des chapitres avec timecodes pour la navigation,

  • les points clés résumés en bullet points,

  • une ou plusieurs citations marquantes,

  • des liens ou ressources associées, etc.

Ces éléments sont indispensables : ils donnent du contexte aux algorithmes, structurent l’indexation, renforcent la découvrabilité, facilitent le référencement, et très bientôt, nourriront directement les intelligences artificielles génératives.

Un changement profond de posture

Être « producteur de data » ne signifie pas renoncer à la qualité éditoriale. Cela signifie penser l’audio (ou la vidéo) comme un produit documenté, interprétable, découvrable et analysable.

Nous devons concevoir nos productions comme des boucles apprenantes :

  • nous créons du contenu,

  • nous produisons les métadonnées qui l’accompagnent,

  • nous récoltons les comportements qu’il génère,

  • nous en tirons des enseignements éditoriaux.

Un chantier d’acculturation transversal

Cette double exigence (produire des métadonnées / interpréter les données d’usage) suppose une acculturation à tous les niveaux, car chacun a un rôle à jouer.

On ne va pas demander aux créatifs de devenir analystes, ni aux analystes de dicter les contenus. Il s’agit de construire une culture commune de la donnée : savoir ce qui est mesurable, ce qui est utile, ce qui est manipulable, ce qui est structurant.

Maîtriser ses propres outils pour rester souverain

Enfin, il est crucial que nous, médias, ne déléguions pas cette intelligence aux seules plateformes tierces. Nous devons maîtriser nos propres outils de production de métadonnées, de mesure, d’analyse et de visualisation. C’est une condition de souveraineté, d’agilité et de crédibilité.

Du storytelling au datatelling

Le futur de l’audio ne se limite pas à l’originalité des formats ou à la qualité des voix. Il repose sur notre capacité à documenter nos contenus, à observer les usages, à modéliser la valeur, et à faire parler les signaux faibles.

Nous aurons toujours besoin d’un storytelling fort. Mais, n’en déplaise à certains, il ne suffit plus.

Il doit être accompagné d’un datatelling, tout aussi musclé.

C’est le nouvel enjeu stratégique.

Suivant
Suivant

Faux-cul Land : quand le conformisme tue l’esprit critique en entreprise