Le podcast est-il (encore) de la radio ? Et la radio, est-elle devenue du podcast ?
Décryptage des vraies différences et des points communs essentiels.
Depuis plus de 20 ans que le podcast est né et alors qu’il s’est désormais imposé dans nos usages, la question revient en boucle dans la bouche de beaucoup de confrères et consoeurs de radio avec lesquels j’échange : le podcast, est-ce simplement de la radio en différé ? Ou bien est-ce un nouveau média à part entière ? Et à l’inverse, une émission de radio rediffusée en ligne, est-elle encore de la radio… ou déjà un podcast ?
Ces interrogations, à première vue presque sémantiques, révèlent en réalité des tensions de fond : entre linéaire et à la demande, entre flux et accès, entre grille horaire et algorithme, entre média collectif et écoute individuelle.
Chers et chères collègues de la Radio, je vous propose de mettre ici à plat ce que ces deux univers ont en commun et surtout ce qui les distingue.
Un langage commun : l’audio narratif
Radio et podcast partagent une base commune :
La voix, la narration, l’oralité.
Des formats comparables : reportage, interview, chronique, fiction, documentaire, etc.
Des savoir-faire semblables : écriture sonore, montage, réalisation, habillage sonore, mixage.
La plupart des producteurs, journalistes et auteurs naviguent d’un format à l’autre sans rupture. En ce sens, le podcast est bel et bien un prolongement de la radio — ou plutôt de sa grammaire sonore.
Le vrai tournant : le mode de diffusion
La diffusion est le point de rupture principal :
Radio :
Diffusion linéaire (FM, DAB+, streaming en direct)
Contenus liés à une grille horaire
Logique de rendez-vous collectif
Podcast :
Diffusion à la demande (plateformes, applis, téléchargements)
Accès libre, hors contrainte temporelle
Logique d’écoute individuelle et personnalisée
Autrement dit : la radio s’écoute quand elle veut, le podcast s’écoute quand je veux.
Le temps : formaté vs libéré
La radio vit sous la pression du temps réel :
Chaque minute est comptée,
Les formats sont ajustés à la grille,
L’urgence est parfois, voire souvent, le moteur éditorial.
À l’inverse, le podcast libère le temps :
Il peut prendre 5 minutes ou 1h20 si nécessaire,
Il s’affranchit des codes du live,
Il autorise une densité narrative ou une lenteur que la radio n’autorise plus.
Relation à l’auditeur : masse vs intimité
Autre divergence essentielle : la nature du lien avec l’auditeur.
La radio s’adresse à un public agrégé, souvent local ou national, dans une logique de diffusion massive et régulière.
Le podcast construit une relation d’intimité, de communauté, autour de centres d’intérêt ou d’un ton singulier, peu importe les frontières (si ce n’est, pour certains auditeurs, la langue).
Avec une once de caricature, là où la radio dit « vous », le podcast dit le plus souvent « tu ».
Des modèles économiques (encore) opposés
Le podcast et la radio ne vivent pas de la même manière :
Radio :
Publicité “classique”, redevance, subvention publique
Métriques traditionnelles (audimétrie, sondages)
Podcast :
Publicité ciblée, mécénat, abonnement, production de marque
Analytics en temps réel : téléchargements, écoutes, taux de complétion
Le podcast permet des mesures plus fines, mais souffre d’un écosystème économique encore instable pour beaucoup d’acteurs. À l’inverse, la radio dispose d’un ancrage institutionnel fort, mais parfois figé.
Un terrain d’innovation… et de complémentarité
Le podcast a aujourd’hui encore le rôle de laboratoire :
Exploration de nouveaux formats,
Voix plus libres,
Narration immersive ou introspective,
Approches transversales entre journalisme, art sonore et storytelling.
Mais la radio n’est pas immobile pour autant. Elle intègre les codes du podcast, en produit elle-même et s’adapte au monde de l’écoute à la demande.
Et si le podcast est parfois un “territoire de niche”, la radio garde sa force de frappe : celle de l’ancrage, de la régularité, et de l’impact de masse.
Deux formats frères, deux logiques distinctes
Le podcast n’est donc pas la nouvelle radio. Et la radio ne se résume pas à du podcast live.
Ce sont deux écritures sonores :
Parfois complémentaires,
Souvent convergentes,
Parfois concurrentes aussi.
Mais surtout, elles répondent à deux régimes d’écoute différents, à deux façons d’habiter le temps, et à deux attentes des publics.
Penser un écosystème audio global
En tant que professionnels de l’audio, notre responsabilité n’est surtout pas de les opposer mais de les articuler stratégiquement.
Ce n’est pas radio ou podcast, c’est les deux, au sein d’un écosystème audio global, hybride, fluide, centré sur les usages, et capable de conjuguer puissance, proximité, créativité et engagement.
C’est là que se joue le futur du média audio.